Alain et sa Sharp EL-814

el-814

Alain est technicien dans un établissement médical privé depuis une trentaine d'années. En liaison avec le médecin, il réalise les calculs et balistiques pour les patients atteints d'un cancer, et dont l'état nécessite un traitement par la radiothérapie. Dans un premier temps, le médecin localise avec précision la tumeur ainsi que les organes sains et proches.

Plusieurs types de rayonnements (photons, électrons) sont distribués en fonction de la localisation et du type de la tumeur. Alain intervient pour calculer la dose tumoricide la plus homogène possible tout en protégeant le " voisinage ". Pour les traitements simples Alain utilise des abaques et s'aide d'une machine à calculer. Les traitements plus complexes sont élaborés grâce à des logiciels spécialisés.

Au début de sa carrière, il disposait d'une machine électromécanique lourde, bruyante et lente. Avec l'aide de l'établissement, il a acheté une calculatrice électronique de poche, qu'il pouvait utiliser chez lui. Cela remonte à 1972 ou 1973. Au bureau, la machine se trouvait dans un tiroir car le risque de la voir disparaître était toujours présent à son esprit.

L'attrait de la nouveauté a sûrement joué en faveur de l'achat de cette machine de type professionnel. Son prix important avait été contrebalancé par une aide à l'acquisition de l'entreprise. La possibilité de pouvoir l'utiliser au travail et à la maison reste bien ancrée dans ses souvenirs. De fait, à l'époque, une machine de la sorte était un objet de haute technicité, qui en retour, participait à la valorisation professionnelle. " Je devais avoir entre 26 et 27 ans. Il me semble avoir eu un peu de fierté à la montrer à ceux qui ne connaissaient pas encore les calculatrices ".

Pouvoir montrer chez soi la dernière nouveauté technique quant on sait l'importance qu'on peut attribuer à l'objet compte tenu de son implication dans la démarche de la radiothérapie relève non seulement de l'ostentation, mais encore de la démonstration d'un savoir-faire. " À côté du médecin, mon travail représente le côté technique et mathématique et je devais être à la hauteur ".

L'enjeu reste les vies humaines entre ses mains, ce qui représente une charge intellectuelle permanente, parfois lourde à assumer. Pour combattre ce sentiment d'impuissance devant la maladie, l'objet technique vient épauler le technicien dans sa pratique de thérapeute. " Je ne pense pas que l'on puisse parler d'un " sentiment de puissance ", mais effectivement montrer un professionnalisme allié à une certaine modernité devait pour moi être un souci sans doute plus ou moins inconscient ".

En février 1974, la Sharp EL-814 est vendue 1536 francs. Cela correspondrait aujourd'hui à la somme de 6257,66 francs soit 953,97 euros. Il s'agit d'une des machines les plus chères de l'époque, compte tenu de ses capacités. Seules les quatre fonctions arithmétiques sont présentes. L'addition [+=] et la soustraction [-=] comportent également la touche égale. La touche [k] assure la constance du premier nombre entré. Quatre touches dédiées à la gestion d'une mémoire permettent l'addition [M+] et la soustraction [M-] en mémoire, le rappel [MR] et l'effacement [CM] du registre. Une touche d'effacement du dernier nombre entré [CE] et une touche d'effacement [C] bouclent les vingt-deux touches du clavier. Le signe moins est fixe sur la partie droite de l'afficheur. Le mode " constante " est indiqué par une diode sous la mantisse. Un second indicateur noté BL (Battery Level) permet de mesurer l'état des piles. Son poids est de 400 grammes (avec les cinq piles incluses). C'est une machine conçue pour une utilisation professionnelle. En effet, en 1974, il faut savoir distinguer les machines bas de gamme des machines destinées à une utilisation intensive. La Sharp est conçue dans ce but.

 

Noël Jouenne, juin 2002

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